• L'e-Musée des objets - 2

    Suite de mes dépôts...

     

    C'est un musée virtuel,

    où laisser quelques traces, des souvenirs, des objets...

     

    Merci Ella Balaert pour ces pages muséales,

    intimes et universelles.

     

    La valise Keith Haring

    L'e-Musée des objets - 2

    à retrouver au musée en cliquant ici.

     

    Et le texte ?

     

    La valise Keith Haring

     

    C’est une valise que nous nous sommes offertes sur un coup de tête, pour sa dimension picturale, ses jolies couleurs et son graphisme typique d’un artiste américain, sympathique représentant de la figuration libre et du XXe siècle. Nous n’oserons jamais l’utiliser pour partir en voyage. Depuis bientôt trois ans, probablement plus, elle est restée, abandonnée dans un coin, à s’empoussiérer à l’étage : nous attendions des travaux d’aménagement qui ne démarraient pas. Vive le confinement ! Ces derniers sont terminés, et ce matin, je me dis en rangeant le désordre accumulé : « On ne va pas laisser à vie cette valise, là, en plein passage. » Je décide de la déplacer, et de la loger dans le domaine où nous nous délectons avec toiles, sculptures, objets du monde entier : notre collection. Elle complètera notre petit musée personnel, article contemporain, au milieu de notre trésor. Seulement, lorsque je l’ai saisie, une incroyable résistance m’a fait sursauter. Impossible de la soulever. Comment avions-nous pu acheter un bagage tellement lourd ? Ah, oui, pour son esthétique. Je respire profondément, m’empare sans hésiter de la poignée, bien résolue à en venir à bout. La valise n’a pas bougé d’un millimètre. Curieuse du phénomène, soudain alertée par l’étrangeté de ce qui venait de se produire, j’ai commencé à penser que, peut-être, la valise n’était pas vide.

    J’ai entr’ouvert la fermeture à glissière, à peine écarté les côtés rigides, et là, stupéfaction. J’ai aussitôt pris le parti de refermer, il fallait que nous soyons ensemble, et j’ai appelé Patrick. Lui aussi avait oublié... Quand nous avons entrepris de déménager une partie de notre attirail afin de faire rénover les pièces qui viennent enfin de retrouver allure humaine, il a dû enfourner, sans trop réfléchir, mettant en sûreté chaque objet, recouvert d’un large pan de tissu, tout ce qui a pu entrer dans la malle aux trésors. Quel plaisir, ce dimanche, en (re)découvrant avec émerveillement des sculptures de tous les continents, un magnifique polyptique acquis auprès d’une Japonaise, un pectoral perlé, des pièces africaines de bois, ciselé, une coiffe d’Asie, des maisons peintes, de guingois, par une artiste française d’aujourd’hui, un tissage ramené du Vietnam, assemblé et teinté par les Hmongs, ces tribus dites minoritaires, un masque du Tibet, et des matières, des formes délicates. Réellement le nec plus ultra. Nous avions totalement perdu de vue le fait qu’ils reposaient là, ô scandale, notamment pour deux figures travaillées, d’Océanie, je l’avoue, je ne me souvenais même plus que nous avions pareil prodige.

    Ô valise Keith Haring, merci d’avoir protégé en ton généreux ventre tant de magnificence, de féerie. Quelle contenance ! Cela ne s’arrêtait jamais. Nous étions suspendus aux prochaines découvertes, à déballer une à une ces inestimables splendeurs. « C’est à nous ? » Pochette surprise qui n’en finissait pas de nous subjuguer. Nous nous sommes interrogés, émus : faut-il à nouveau glisser à l’intérieur du havre coloré de ce précieux coffret d’autres Phénix, à reconsidérer, avec un contentement inimaginable dans quelques années ? Quel merveilleux miracle, tout à l’heure : comme notre distraction nous a permis de nous régaler ! Nous avons vécu un moment magique. Le voyage n’a pas été immobile, ni dans le temps, ni dans l’espace. Nous avons été transportés. Vraiment.

     

    Un dépôt mien, récent ?

    Tout à fait de saison, en mai : une guirlande de Noël !

     

    Comme l'écrit le musée :

    Certaines lumières brillent encore

    quand la fête est finie, les personnes parties,

    les interrupteurs baissés…

    L'e-Musée des objets - 2

     

    La guirlande de Noël

     

    Scintillante, lumineuse, colorée, elle clignote dans mes souvenirs, star de tous nos sapins de Noël. Maman se remémorait encore parfaitement il y a peu le magasin où elle l’avait dénichée, jeune femme. Était-ce à Thionville ? Elle devait valoir cher : Elisabeth a fait plusieurs fois le tour du quartier, songeuse, hésitante, avant de revenir sur ses pas. Impossible de résister à l’appel de la clarté et de la beauté, tant pis s’il fallait économiser pour cela dans d’autres domaines, nettement moins vitaux. « Avec papa, nous étions si heureux ! » Des lanternes décoratives, utiles surtout, il y en avait, dans la maison de mes parents. Dès l’accueil, on était reçu par une applique extérieure, en fer forgé, dont les parois étaient composées d’un vitrail artistique, au motif assez sobre de tulipes art-déco, de verre cerclé de plomb. D’autres lampes recevaient les visiteurs, même une que je n’aimais guère et dont j’ai déjà parlé dans ce musée[1], et d’autres, toutes sur le même modèle, finalement, suspensions de métal noir, éclairant les passages, couloirs du haut, celui du bas. C’est en vidant la maison que j’ai pris conscience de la quantité de luminaires, lanternes de Diogène, éclairages de petit Poucet réverbérant caillou à galet, silex, gravier, mon passé de friable roc.

    La forme devait leur plaire ou bien était-ce un effet de mode ? Cette guirlande électrique d’un tout autre usage est restée, vaillante, avec ses impeccables facettes, auréolées de blanc opalescent, de rubis profond, de bleu concurrençant le ciel, de vert franc, tirant sur l’émeraude, de jaune d’or s’épanouissant jusqu’à l’orangé. Même lorsque la mode des sapins plus sobres, moins polychromes, a gangréné le salon familial, cette guirlande est restée, vaillante. Elle a continué à être sortie délicatement chaque année des cartons. L’apparent bronze doré et le verre - de pur plastique - ont su résister aux générations d’enfants – sept – puis de petits-enfants, enfin d’arrière-petits-enfants, malgré l’excitation des soirs de fête, moments où nous garnissions, de façon parfois fiévreuse, ensemble le sapin. Depuis quelques dizaines d’années, déjà, la partie électrique ne fonctionne plus. Maman a toutefois conservé cette si historique et attachante guirlande : « Avoue qu’elle est vraiment belle ! » Nous l’avons encore exhibée, jusqu’à la dernière fête partagée à Ay-sur-Moselle. Avant de partir en maison de retraite, maman a collé dessus un post-it. Elle a écrit : « Très précieux, à garder », de son écriture si typique, et je n’ai pas hésité quand je l’ai retrouvée. J’avais juste peur qu’elle ait disparu avant que je ne mette la main sur ce trésor ! Les lanternes miroitantes protègent, désormais, nos jours comme nos nuits, au cœur de notre pièce principale, douze mois sur douze. La guirlande n’attend plus décembre pour jaillir de son emballage. Elle prend à tout moment la lumière, suspendue à la fenêtre. Elle veille. À la plus petite étincelle de soleil, elle s’allume, dorénavant solaire à sa façon. Elle prend garde de m’apporter éclat et luminosité, et de me réconforter. Les délices de l’enfance nous accompagnent à vie. Émerveillements impossibles à traduire avec les mots communs, cet irremplaçable objet – flamboyant, pétillant, chatoyant - capte le moindre rayon, il me renvoie ainsi aux mille et un éblouissements de mes jeunes années.

     



    [1] Cf La lampe en fer forgé

     

     

    L'e-Musée des objets - 2

     

    En harmonie

    avec le jardin des plus de deux mille cœurs...

     

    L'e-Musée des objets - 2

    Au musée, c'est là.

     

     Vos commentaires :

    Belles surprises oubliées !! Les meilleures !

     

    Mais qu'y a-t-il donc dans cette valise ?

     

    Retrouvez une première page de ce blog

    qui évoque ce musée si touchant, en cliquant ici.

     

    Buffet, sonnette, Longwy,

    machine à écrire,

    petit Robert, chaise à dossier de bois, en forme de cœur,

    et autres souvenirs...

    de plein d'autres déposants,

    si vous vous rendez directement sur le site muséal,

    en cliquant ici.

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