• Encore un suicide

    Un commentaire d'une lectrice

    qui m'a fait du  bien !

    Encore un suicide

     

    Ce vendredi, j'ai reçu un message qui me touche beaucoup.

    J'aimerais ici vous expliquer pourquoi...

     

    D'abord, partageons ce mail,

    envoyé par une lectrice charmante :

    Je poursuis aussi la lecture de votre livre "encore un suicide" que je trouve très réconfortant malgré le sujet et qui doit sans doute "parler" au plus grand nombre car pour moi il n'évoque pas simplement le départ  d'1 personne par le suicide mais surtout le processus de deuil  et l'absence des personnes qui nous ont quitté et nous manquent chaque jour qui passe.

     

    Et maintenant, vous dire pourquoi ce message me fait tant de bien.

    Là, j'entre dans le cœur de l'intime.

    Dans le sujet personnel...

     

    J'ose.

    Pas question de tourner autour du pot.

    Alors voilà...

     

    J'écris depuis toujours, depuis l'enfance, non-stop, ou presque.

    Et depuis fin octobre,

    le moment où Patrick s'est fracturé la cheville,

    je suis en panne.

     

    On peut le dire ainsi.

    Ces deux malléoles, je sais, ce n'est rien de bien grave, on s'en remet, Patrick a bien récupéré, déjà, et après la chaise roulante, va bientôt abandonner sa botte de marche, puis ses deux béquilles... Ce n'est donc pas l'accident en lui-même, point si irrémédiable, finalement, qui est en cause.

    Mais un changement de rythme, que sais-je.

    Le fait est que depuis... j'ai certes écrit, tous les jours, et même souvent ici, sur ce blog, j'ai certes commencé mille nouvelles, dix mille poèmes, cent mille romans, et quelques albums jeunesse... (non, je n'exagère pas, jamais... tout le monde le sait, je suis la reine de la litote et je déteste les hyperboles !), bref, donc, depuis plusieurs trop longues semaines, je ne suis plus plongée jusqu'à la racine dans un projet important d'écriture. Je louvoie, je traîne sur Internet, je lis les infos, je réponds à des messages sur Facebook, je tweete, je remplis le blog, je rencontre aussi des humains, rassurez-vous, en vrai... Mais côté écriture, j'ai peur. Peur de me lancer. Peur des refus des éditeurs ! Ça m'arrive encore, si souvent, même après une bonne cinquantaine de publications. J'ai peur de ne plus rien avoir à écrire, peut-être... ou de ne plus être lue. J'ai envie aussi d'écrire des textes drôles, légers, qui n'évoquent plus le deuil, le handicap, la schizophrénie le suicide, les reconstructions, l'anorexie, la vieillesse et Alzheimer, bref, tous ces thèmes que j'explore depuis des années. J'ai commencé l'autre jour un projet par ces mots :

     

    Cultivons le bonheur ! Je me lance dans la happyculture bienfaisante et que ceux qui sont  grognons s’écartent, ils n’ont pas besoin de me lire. Je sais, je vais à contrecourant. Et alors ? Un livre sur le rire, l’importance des sourires, cela s’impose, non ? Surtout dans cette période difficile.

     

    J'en ferai peut-être quelque chose.

    Ou rien.

     

    D'autres morceaux, dans un tout autre registre ?

     

    Mon papa savait qu’il allait mourir. Il a écrit un texte, pour moi. Je n’ai jamais compris pourquoi ma mère a tant tardé à me le transmettre. Je trouvais depuis des années injuste que mon père ne m’ait pas laissé le moindre message. Son cancer ne l’a pas emporté en trois jours, mais en six mois : le temps d’écrire un roman, le temps de rédiger une lettre. Quand on commence à subir de la chimiothérapie, de la radiothérapie, on comprend, on devine. Bien sûr, on espère, sans doute. N’empêche que je n’avais alors que neuf ans, mon père se souvenait peut-être combien il avait eu besoin de son père, au même âge : il a acheté un petit cahier à carreaux, et de son écriture régulière, il s’est mis à me parler à toute heure. Pas de ses peurs, pas de la mort. De son passé, de son présent, de ma mère. Il se doutait qu’avec elle, ce serait difficile. Il ne m’a pas dit dans son cahier qu’elle était folle, mais je le savais déjà lorsque ma mère m’a enfin tendu les feuillets. Je n’avais pas besoin que les mots soient écrits de la main de mon père, pas ceux-là mais les autres. Qu’il me parle de tendresse, de douceur, du fait qu’il se sentait privé à l’idée de ne pas me voir grandir, vieillir. En même temps, il plaisantait : « Voilà qui va m’épargner ta crise d’adolescence, je ne serai pas obligé de t’interdire de sortir et nous ne nous opposerons pas. » Oh si papa, tu as aussi joué ce rôle, dans l’absence, je devinais quelles auraient pu être tes réactions, cela suffisait à me faire refuser la drogue, l’alcool, ton ombre plus puissante peut-être qu’une présence effective, m’a protégée, et je te dois finalement ce que je suis devenue. Y compris écrivain. Parce que j’ai cru longtemps que tu ne m’avais pas laissé le moindre mot. Ma mère avait conservé les courriers dans lesquels tu t’adressais aux petits, à Tony bébé, à Jacky, âgé de cinq ans lorsque tu as fermé définitivement tes yeux, notre mère avait tendance à re-sortir, souvent, les documents prouvant que tu avais existé, ton calepin, où tu notais tes rendez-vous médicaux, mais aussi le départ en colo de ma sœur Violaine, les cadeaux à acheter pour notre aînée, Hélène. Mais moi, nulle part, nulle part je n’apparaissais, pas indiquée, tu ne t’adressais pas à moi. Et ma mère ne m’avait pas dit, alors, que dans la boîte à chaussure de sa chambre, sous le sac à main en cuir qu’elle avait gardé, depuis la mort de sa grand-mère, puis celui de sa mère... près des rares documents conservés du passé, un cahier, à moi seul réservé, m’attendait. Je ne l’ai su qu’au moment de son suicide, après les moments si difficiles, les gendarmes, l’autopsie, les obsèques, et puis ce mystère, cette maison à vider. J’ai failli ne pas m’en occuper moi-même, payer quelqu’un, donner tout donner, me débarrasser du passé. Mais mon père veillait au grain. Mort depuis quoi ? Vingt-deux ans. Vingt-deux ans après, tu étais encore là, papa, à me protéger. Et tu avais envie, sans doute, que je découvre ces mots qui m’étaient destinés.

    Mon papa m’a écrit, avant de mourir. Je regarde les feuillets. Je suis le tracé à l’encre noire. Je revois le grain de sa peau, j’entends siffloter mon papa, et je crois même qu’il me raconte encore des histoires de Jeannot Lapin. Il a eu du mal à comprendre qu’il s’adressait à l’avenir, à celle que j’allais devenir. Son texte est figé sur mes neuf ans, mon instituteur à qui il va falloir bien obéir, et tout le reste. Mais je n’ai ces mots sous les yeux que trente ans après. Maman vient de se défenestrer, du haut de la tour, rue de la rive, à Tourment. Mes frères et sœurs ont rompu, chacun leur tour, et je suis seule face à ce chantier, improbable, vider les piles de magazines empilées par notre mère durant... toute sa vie, venir à bout des bocaux, des pots de confiture, vides, tours de Pise effondrées les unes sur les autres, vieux vêtements, pas toujours propres, jetés au sol, et mégots, mégots, mégots : maman fumait, comme mon père. Tous deux partis de là, en fumée, lui avec son cancer des poumons, généralisé, elle avec son mal de vivre, qui la brûlait de l’intérieur, l’anéantissait et...

    J’avais dit que j’écrivais sur le goût de vivre, sur la joie, le bonheur.

    Il y a tant de manières de dire « Je t’aime ». Parfois simplement en criant « Attention », au moment où on traverse, en serrant la main, chez le dentiste, ou en restant dans la salle d’attente, en soupirant, « Encore ! Tu as encore renversé ton bol sur la table ? » En éclatant de rire au moment où l’un des deux marche dans une bouse fumante... En grondant, en ressassant, en rageant. Ou en laissant un petit cahier, qu’une mère a oublié de transmettre, même si elle aussi, à sa façon, a tenté de faire entendre son « Je t’aime » ; un « je t’aime » à sa manière, disjonctée, parfois étrange, comme la fois où sur la route elle a refusé de se rabattre, alors qu’elle doublait, en appuyant à fond sur le champignon. « Au code de la route, on m’a dit que la ligne continue était un mur, infranchissable. Pas question que je te mette en danger, pas question que je me rabatte, j’attends la ligne discontinue pour repasser à droite. » Je me souviens de mon cœur, affolé, de mes cris, je me souviens m’être dit, « Si quelqu’un arrive, en sens inverse, nous irons rejoindre papa. » Seulement je n’étais pas croyante, pas d’idéal de ciel ou de paradis dans ma tête de onze ou douze ans. Rejoindre papa, c’était aller me faire ronger les os, et la chair par les vers de terre, au cimetière. Rejoindre papa c’était juste mourir un peu plus tôt que lui, et m’en aller, sans avoir eu le temps de découvrir qu’il avait pensé à m’écrire, avant de tirer sa révérence, avant son dernier souffle, un cahier, un message, de l’amour, et ça aurait été vraiment bête de ne pas savoir cela, vraiment, je préfère que ce jour-là, sur la  route, quand ma mère, « pour me protéger » ( !) avait refusé de se rabattre... je préfère vraiment qu’il n’y ait pas eu une voiture, roulant vite, en face, qui soit arrivée juste à l’entrée du virage. Mon père et son cahier, c’était bien sûr aussi une manière de dire « Je t’aime ». Comme quand il râlait parce que j’avais encore obtenu une mauvaise note en présentation. Tout, ses moqueries, ses critiques, plutôt que l’indifférence de maman, après. Elle avait des excuses, elle était veuve. Moi je n’étais qu’orpheline. Et, chanceuse, un cahier m’attendait. Même si je l’ignorais encore, ces mots, posés par lui, sur les feuillets, c’était une bonne raison de vivre, une bonne raison de rire, de quoi savourer chaque minute, à devenir grande, grande fille, ado, ado pré-pubère, puis pubère, puis adulte, adulte de plus en plus grande, vieillissante, et puis là, maintenant, moi.

    Bon sang, pas possible de continuer ainsi. Même si dans la fiction, ce mot du père, trouvé si longtemps après, pourrait contenir quelques axiomes, règles de vie, qui donnent le sourire... Le sens de l’humour, le don de l’amour, que sais-je. Non, cette histoire, je la laisse dans son placard, elle n’aura pas sa place, ici. Pas plus que celle de ce petit garçon de cinq ans qui a sauvé son père... en alertant, faisant savoir qu’il avait fait un malaise. Et le père s’est suicidé : je viens de l’apprendre, dans la presse. Les journaux sont malhonnêtes, les faits divers nous font une concurrence déloyale, insupportable. Quel est l’écrivain qui osera tuer ainsi un père, qui vient à peine d’être sauvé par son petit bonhomme courageux de cinq ans. J’avais plaisanté, en apprenant la première partie du fait divers, « Ce gamin va penser son père immortel ; puisque, même mort, il revit ! » Sauf que quelques jours plus tard, il se suicide, ce type ! Sans songer au traumatisme, dans la petite tête, qui fonce dans la nuit, sur son vélo malgré la pluie et l’obscurité, pour prévenir sa mère...

     

    Des débuts, il y en a plein...

     

    - Maïté, tu as touché ton revenu de base ?

    - Oui, pourquoi ? Pas toi ?

    - Si, mais c’est toujours tellement épatant que je vérifie, et revérifie que j’y ai bien toujours droit....

    - Tout le monde en bénéficie, tu le sais bien, et c’est justement le fait que la planète entière y ait droit qui permet que le monde puisse changer.

    Je me revois. J’avais vingt ans. Je n’en revenais pas. C’était terminé, la longue liste des chômeurs, des demandeurs d’asile, des pauvres, des « profiteurs », c’en était fini des accusations d’« abuser du système » puisque désormais tout le monde était couvert de la même façon. Ce nouveau droit humain, le droit à posséder le minimum, dès la naissance, sans aucune contrepartie, du simple fait d’être né, avait changé la donne.

    Un revenu de base, accordé à chacun, suffisant pour vivre sans survivre, couvrir les frais d’un logement et d’une alimentation minimale... de quoi vivre, en gros, cela semblait incroyable, à l’époque.

    Je fais partie de cette génération qui n’est pas née avec le revenu de base. Quand j’étais enfant, mes parents travaillaient par obligation.

    Oui, je sais, tu ne vas pas me croire, Petite, mais je t’assure que c’est vrai, les gens n’ont pas toujours travaillé par pur plaisir, par vocation.

     

    Et puis encore, autre univers...

     

    Lisette me tournait le dos. Je me suis engouffré dans la brèche. « Ça doit pas être simple tous les jours », j’ai dit. Elle a reniflé. Ne m’a pas répondu vraiment. Je n’ai pas insisté. « Du saut en parachute, t’as déjà essayé ? », j’ai tenté. Elle a relevé le nez, reniflé encore, puis m’a suivi, en glissant sa main dans la mienne. Nous n’avons plus jamais reparlé de sa solitude, du fait qu’elle aurait bien aimé avoir un grand frère, sur lequel compter. On n’a plus eu l’occasion d’en parler, d’ailleurs. Tonio était toujours dans le coin, comme à guetter ce qui nous faisait rire, comme des macaques, ou bien jaloux de nos « confidences », comme il appelait les quelques phrases que nous échangions.

     

    Ou ailleurs...

     

    Si le verbe « se rembrunir » a été inventé, à mon avis, c’est pour que je puisse le glisser par là, l’air de rien. Nos deux faces se sont donc rembrunies de concert, même, et Lilou riait, elle, un peu faux, comme quand on voudrait pleurer et qu’à la place on se prend un fou-rire. Le garçon qui la tenait par la main n’avait pas l’air gêné du tout. Moi si. Mon copain idem. « T’es qui, toi ? Et qu’est-ce que tu fais là ? »

     

    Ou encore

     

    Le problème, avec Tom, c’est qu’il fonctionne en mode binaire, en gros comme un ordinateur. Oui non, noir blanc, juste injuste. Les nuances, il ne connaît pas. Et Tom, c’est mon père. C’est lui qui m’a appris à réagir ainsi, à monter au créneau pour un oui pour un non, à éviter de faire dans la nuance. Tom, mon père, c’est un hypersensible sans doute plutôt du genre susceptible, il prend la mouche sans arrêt, j’aurai le temps de le montrer, si je raconte un peu, n’empêche, Tom, je l’adore. Je n’ai qu’une peur, chaque jour, c’est qu’il meure. Il faut dire, il m’a élevée tout seul, sans mère.

     

    Ou

    Alors j’ai décidé d’écrire ici tout ce qui me rend joyeuse, de référencer ce qui me donne de la joie, confiance en autrui, en moi, toutes ces émotions positives et constructives qui sont parfois bêtement contrebalancées par la peur, la jalousie, la colère ou je ne sais quelles autres émotions, moins colorées, qui ne méritent même pas que j’en parle ici.

    Un bon roman, positif.

    C’est que, des anecdotes méga-sympas, nous en avons vécues quelques-unes ! Le coup du parapluie, par exemple ?

     

    Des essais, des débuts, des morceaux,

    j'en ai écrit,

    plein.

     

    Aujourd'hui,

    je me dis que mon univers d'écrivain,

    c'est celui dont parle cette lectrice, exactement.

     

     (...) votre livre "encore un suicide" que je trouve très réconfortant malgré le sujet et qui doit sans doute "parler" au plus grand nombre car pour moi il n'évoque pas simplement le départ  d'1 personne par le suicide mais surtout le processus de deuil  et l'absence des personnes qui nous ont quitté et nous manquent chaque jour qui passe.

     

    On peut parler au plus grand nombre, même en abordant des thématiques a priori pas si colorées que ça. On peut être "réconfortant", y compris à partir de sujets tels que la mort, ou les difficultés de vivre.

     

    On peut en venir à la happyculture, par la résilience, par la tendresse, par l'aide apportée en certains moments plus difficiles que d'autres...

    Eh bien, merci à cette lectrice.

     


     

    La malléole, c’est le titre. Un bon titre. Quand on a un tel point de départ, l’accroche du siècle, on sait qu’on est en train de démarrer un chef-d’œuvre. Donc, pour faire court, avec Patrick, nous avons beaucoup de chance.

    Il était à l’atelier, à deux cents mètres de la maison, deux artisans avec lui venus spécialement pour changer une vitre cassée. Soudain l’un de ces messieurs sonne avec vivacité à la porte de la maison. J’allais expédier mon dernier manuscrit – non, pas celui-ci, un autre, un inédit de plus – à une maison d’édition qui m’avait gentiment écrit qu’elle attendait avec impatience de mes nouvelles. C’est rare, mais ce jour-là, quand je vous dis que nous avons de la chance, ce jour-là, donc, une éditrice m’encourageait à lui faire parvenir mon manuscrit.

    Ce que je n’ai pas pu faire, ni le jour même, ni le lendemain, ni même durant plusieurs autres jours. Mais ne nous égarons pas, ça c’est une autre histoire.

    Donc, je suis tranquillement installée devant l’écran de mon ordinateur, la sonnette est soudain secouée de convulsions inhabituelles, plusieurs coups, vifs, je me dis que c’est Patrick qui a besoin de quelque chose, et sans doute est-il pressé. Je cours jusqu’à la porte d’entrée. Devant moi, l’un de ces messieurs poseur de vitre : « Y’a votre mari, par terre à l’atelier... Madame, lance-t-il, essoufflé, faudrait appeler les pompiers. » Je le regarde, ahurie. Incapable de comprendre ou ayant trop bien (trop mal !) compris ce qu’il est en train de répéter : « Oui, votre mari, par terre, à l’atelier. Faudrait appeler les pompiers, là, tout de suite. » Je dois vraiment avoir l’air d’un zombie, je finis par trouver la force de prononcer quelques mots : « Par terre ? Mon mari ? » L’artisan s’impatiente, « Oui, faut les appeler, leur dire de venir. Vous pouvez leur préciser que c’est pour une fracture ! »

    Ouahhh, ce soulagement. Ce rire, en moi.

    Non. Pas tout de suite. Pas encore le temps de réagir vraiment comme si j’étais dotée de raison.

    Je suis toujours sonnée, je regarde ce monsieur, sans le voir, et je bégaie, « Les pompiers ? Les appeler ? »

     

    Je crois que je vais arrêter de m'escrimer à multiplier les débuts qui se forcent à aller vers la légèreté, et j'en ai des débuts, tous dirigés du côté de l'insoutenable légèreté de l'être (oui, ce n'est pas de moi, mais Kundera sait bien que sa formule, tous les écrivains, sans exception, auraient aimé en être à l'origine...) !

     

    Ah, tiens, encore un début...

     

    Dans ce roman, il y aurait la trace des embarcations chavirées, des corps noyés, en Méditerranée, des humains asphyxiés dans des camions de marchands d’humains malhonnêtes... Dans ce roman, il y aurait aussi la pétillante Julieta, et ses problèmes d’élocution. Un jour, dans son cerveau, une petite région du langage attaquée, et paf, elle paraît soudain distante du monde, et laisse son perroquet, Kino, répondre à sa place, à bégayer, chercher ses mots, les syllabes, à paraître bien moins rayonnante qu’autrefois. Dans ce roman il y aurait des rencontres d’une heure, d’un soir,  des rencontres d’une vie. Il y aurait Pauline Picquet, son visage brûlé, sa force intérieure, sa beauté soudain visible, lorsqu’elle raconte ses cauchemars, et ses rêves, doux rêves, à l’hôpital, après son accident en flammes vives. Dans ce roman, il y aurait des éclats de rire. Des inventions. Des mots-valises, des phrases à l’emporte-pièce. Il y aurait des mondes, du lyrisme. Il y aurait des parapluies, ouverts, dans des maisons, et ça porterait bonheur. Dans ce roman il y aurait une chaise roulante, mais par chance elle ne jouerait un rôle que de façon temporaire, elle serait peu à peu oubliée, délaissée, pour des béquilles, une botte de marche, gonflée à air comprimé, puis la cheville s’assouplirait, les marches ne seraient plus un obstacle, ni la marche, simple, ni la danse et peu à peu mon personnage handicapé retrouverait la vie ordinaire, les douches debout, les dents qui se lavent sans contorsion, le dos moins sollicité, dans des extensions parfois douloureuses. Ce roman serait celui de la vie. Pas réaliste, non, pas un instantané, qui montrerait ces copains qui se détestent, dans le fond, et ces indifférents qui ont le cœur qui bat, en réalité, pas une photographie du monde, avec ses atrocités, ses Bataclan, ses attentats, ses assaillants qui coupent les gorges, violent et tuent. Ce serait un roman doux, qui ferait rêver, un monde dans lequel le revenu de base aurait changé la donne, permis à chaque humain de se dégager du travail. Ce serait un roman de tendresse et de gentillesse, tellement positif que les éditeurs, interloqués, dans un premier temps, auraient été tentés de le refuser, et puis, à la réflexion, se seraient dit, « Mais bien sûr, mais bon sang, mais oui, c’est cela, c’est le livre que j’attendais... » Ce roman changerait le monde, permettrait à ceux convaincus que la violence est une force de comprendre leur erreur.

    Bon, allez, basta. Les gens préfèrent les histoires de vengeance, de violence, les récits dont ils peuvent se délecter en voyeurs. Ah oui, ils ont fait ça, les nazis, dans les camps ? Et ça, les talibans, les extrémistes, les ci, les là... Se régaler du sang, des différentes façons de faire souffrir. Ah oui ? C’est ainsi que les méchants agissent... Se repaître de romans policiers, sanglants, ou remuant les boues de l’humanité.

    Sauf que ce roman serait différent, ce roman changerait le monde.

    Seulement, pour éviter qu’il ne puisse rendre gentil, des méchants feraient tout pour en empêcher l’écriture, la publication, la diffusion. Et des gentils feraient leur possible, contre le pouvoir en place, contre les violents, les chefs, les dictateurs, pour lui donner une chance d’exister.

    - Tu vois, c’est pour cette raison, exactement, que tu ne trouves pas d’éditeur pour te publier, me lance ma copine Véro, sans prendre de gant.

    Elle a parfaitement raison. Je le sais. Pourtant je vais tout de même me lancer dans l’écriture d’un roman, une pure fiction, rien à voir avec le réel, un ouvrage dans lequel les humains cessent de s’arracher les yeux, les sexes, les narines, les petites chairs fragiles. Je vais, je crois, oser la gentillesse. Oser la couleur cuculapraline, le monde bisounours, un monde sans schizophrénie ni d’autres maladies, psychiques, physiques, sans grands gestes violents, sans passé qui fait mal, sans heurt au présent, sans douleurs à venir. Bien sûr, certains pourront dans l’absolu trouver le projet vain, ou fade, quel ennui en perspective pour le lecteur. Mais... Eh si... Et si le monde pouvait se transformer, par un livre, le temps de quelques centaines de pages ?

     

    Et donc... je ne sais toujours pas de quoi va parler mon prochain manuscrit, mais ces quelques phrases de l'une de mes lectrices, sur Encore un suicide, sont pour moi comme une lumière, dans l'obscurité, et soudain je n'ai plus peur du noir, je vois à nouveau les mots en couleur...

     

    Je m'y remets, allez, hop !

    C'est reparti.

     

    On a tous besoin d'encouragements, de stimulations, de mots qui font du  bien. Merci à cette généreuse lectrice pour ces paroles arrivées juste quand il le fallait, comme il le fallait.

     

    Encore un suicide

     

    Des réactions à cette page,

    sur le blog :

    J'ai tout lu ! Vous ne connaissiez pas encore le spectre hideux de la page blanche et voilà que deux malléoles plus tard vous en êtes victimes ! Je pense que le choc émotionnel que vous avez eu y est pour quelque chose et que le temps que tout rentre dans l'ordre et la normale vous retrouverez votre inspiration. Il ne vous reste qu'à être patiente comme Patrick avec sa cheville et votre muse reviendra vous hanter et vous souffler les mots ! Bises et sourires rien que pour vous.

     

     PS du 16 janvier...

    J'ai bien fait de m'épancher, hier ! Cet après-midi, après des heures encore à ramer, faire du sur-place ou reculer, même... soudain, le déclic. Je ne vous dis rien. N'empêche. Le déclic. Je tiens un fil. Je m'y agrippe. J'espère pouvoir vous en reparler... d'ici quelques mois ! Plein de sourires. Merci d'avoir été là... Vous m'avez sans doute aidée à débloquer la situation !

    Pour l'instant : CHUTTTTTTTTT.............

     

    Et j'ai pu lire d'autres commentaires,

    qui m'ont aussi fait du bien...

     

    Vu et approuvé !!

     

     Voilà un post scriptum qui fait plaisir...

     

    Anne, ces beaux débuts, comme autant de branches d'une étoile brillante, on voudrait les suivre et te suivre encore et encore, bravo et courage.

     

    je suis ravi de voir que les idées fourmillent!! Pour quelqu'un qui est "en panne", c'est un véritable feu d'artifice d'histoires qui commencent! je vous souhaite de pouvoir les poursuivre maintenant que les vannes sont ouvertes. 

     

    Et puis... 

    ça y est : je lis "Encore un suicide". Je ne veux pas le prendre avec moi dans le métro, et le lire dans un environnement bruyant et quotidien : je le laisse donc sur ma table de chevet et c'est de mon lit, le soir, que j'en prends quelques gouttes, avec lenteur et ferveur, avant de m'endormir. Je t'en reparlerai quand je l'aurai terminé.

     

    À propos du roman Encore un suicide,

    j'évoquais d'autres réactions de lecteurs ici.

     

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  • Commentaires

    5
    cyrille
    Samedi 30 Janvier 2016 à 15:46

    yes we can...

    4
    Samedi 16 Janvier 2016 à 18:49

    Oui oui, Dame Kam, des sourires... et chuttttttttt !

    Mais vraiment... des sourires !

    3
    Kam
    Samedi 16 Janvier 2016 à 18:40

    Chuttttttttttt!!!!!!!

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