• Témoignage sur les professeurs...

    qui changent une vie !

     

    Sur le blog de l'écrivain Arthur Ténor,

    j'ai pu lire ce texte d'infinie gratitude.

     

    Témoignage sur les professeurs...

    Passeurs de rêves

    80 X 100 cm

    2005

     

    Il a réagi à l'information suivante,

    découverte sur le site Actualitté :

    " Les Editions Robert Laffont et Pocket s’associent pour publier un ouvrage hommage à Samuel Paty, en défense de l’accès à l’information, à l’éducation et à la culture. Les bénéfices issus des ventes seront reversés à l’ONG Bibliothèque sans frontières. "
     
    Il écrit alors :
    C'est une initiative qu'il nous faut saluer. J'ai cependant l'impression que parmi les 40 personnalités qui y ont contribué, il n'y a pas d'autrices ni d'auteurs jeunesse. Ce n'est pas grave, l'idée me paraissant belle et salutaire, à mon tour je prends ma plume pour rédiger ma " Déclaration d'infinie gratitude à nos professeurs ".
     
    Si d'autres autrices et auteurs jeunesse souhaitent également écrire et publier leur Déclaration d'infinie reconnaissance, celle-ci sera la bienvenue.
     
     

    Témoignage sur les professeurs...

    Chat tableau

    2006

    18 X 24 cm

     

     
    Sa proposition a fait écho, en moi.

    Et c'est parti...
     
    Voici ce que je lui ai envoyé :
     
     
    Je suis obligée de changer la formule Ce prof qui a changé ma vie, expression qui ne me convient pas, bien trop limitative. D’abord je vais supprimer l’abréviation, parce que « Ce Professeur qui a changé ma vie » me semble mille fois plus respectueux, à l’image de ce que je ressens face aux enseignants qui ont compté pour moi. Je l’aurais bien féminisé, ce mot fondamental, mais certains hommes aussi ont joué un rôle inimitable, dans ce parcours. Et puis je viens de passer tout naturellement au pluriel. Oui. C’est un heureux mélange, une merveilleuse diversité dont il me faut parler ici : « Ces professeurs qui ont changé ma vie ». Ce n’est pas un enseignant, unique, qui a bouleversé l’existence qui aurait pu être la mienne. C’est la riche variété, de chacun.
    Je tiens à les nommer. Y compris celle qui s’appelait Anne-Marie B, et qui s’est suicidée. Elle m’a marquée. Dans son enseignement, et sans doute par sa mort. Celle qui s’appelait « Nasi », avec un « s », et dont il fallait prononcer le nom comme un « z ». Elle m’a fait détester les mathématiques, mais ce que je suis dépend aussi de ces moments d’incompréhensions partagés avec elle. Et d’autres, Madame Gogain, qui parlait un anglais tellement British que beaucoup de ses mimiques me sont restées, lorsque j’articule dans la langue de Shakespeare, et je souris à la pensée de ses leçons si conventionnelles, qu’elle répétait vaillamment, dans son étroit tailleur, rose bonbon ou vert amande, de reine d’Angleterre. Impossible de ne pas nommer Madame Villanova, avec son accent corse, lorsqu’elle disait « Ma petite chérie », la première, qui m’a appris à lire, à écrire, au cours préparatoire, mais aussi l’irremplaçable Didier Stammbach, au cours moyen. Il a ouvert en moi les portes de la diction, de la poésie, du texte bien dit avant toute chose. C’est lui qui m’a autorisée à devenir, aussi petite que j’étais, écrivain. Poète. Et puis j’ai eu un professeur de dessin qui osait porter des vêtements dignes de Sonia Delaunay, colorés, géométriques, une femme qui m’a appris par l’exemple que l’on pouvait être unique, oser la différence. Ne pas se conformer à des canons, des modes, une standardisation insatisfaisante. J’ai rencontré Violette Blank-Dubois, qui ouvrait sur la psychologie, les relations entre humains, tout en nous faisant découvrir les subtilités d’une langue qu’elle maîtrisait merveilleusement. Je pourrais aussi nommer Bernard Bowyer qui m’a autant initiée à l’espagnol qu’à ses engagements politiques, mes professeurs de classe préparatoire, comme Marcel Ditche, m’imposant, plus qu’une certaine rigueur une rigueur certaine, laquelle sans doute me faisait jusque-là défaut : la liste est si longue... Je pourrais aussi nommer ceux dont j’imagine qu’ils m’ont moins apporté, et pourtant, sans doute, sur ce terreau, aussi, je me suis construite. Ce que je suis aujourd’hui, existe par opposition, par mimétisme, par désir d’être à la hauteur, de faire « aussi bien qu’eux ». Moi aussi j’ai envie d’aider à épanouir, à penser, à oser. Je dois à ce bouquet d’enseignants mes convictions, mes enthousiasmes. Sans doute suis-je devenue écrivain grâce à eux tous, mais également pédagogue, enseignante, à mon tour. Heureuse au milieu des mots, des idées, dans la démonstration, les arguments, les exemples choisis. Épanouie dans l’acceptation de la différence, au quotidien. D’autres, encore.
    La principale, la merveilleuse, l’unique Maryvonne, ma chère Maryvonne, « la Rousseau », comme on disait alors, celle qui sauve encore trente-cinq ans après, des générations d’élèves, toujours, avec la même générosité, le même élan, y compris depuis qu’elle devrait être à la retraite, elle continue. Reine du théâtre, mais humaniste, d’abord, ouverte. Elle travaille actuellement, d’ailleurs, à un courageux projet, sur la laïcité.
    Ces adultes ont su – chacun à leur manière - me regarder, pas seulement petite fille, adolescente, jeune adulte. Ils m’ont forcée à réagir, à prendre position, à exister. Ils m’ont montré le chemin, le leur, afin, en toute liberté, de me donner les moyens de construire le mien. À vous tous, dont j’ai croisé le chemin, merci.
     

    Témoignage sur les professeurs...

    Textile

    2020

     

     

    Témoignage sur les professeurs...

    Chat d'école

    18 X 24 cm

    2005

     

    Dessins d'élèves :

    Témoignage sur les professeurs...

     

    Témoignage sur les professeurs...

     

     

    Témoignages d'élèves

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  • Commentaires

    1
    Annie
    Samedi 7 Novembre 2020 à 11:15

    Merci a toi , ma nièce et "écrivaine" qui sait si bien trouver les mots pour dire ce que je suis incapable

    d'exprimer. J'ai même oublié le nom de mes enseignants (ça fait si longtemps que je n'ai plus été à

    l'école). Mais ton texte a réveillé en moi des choses cachées dans un coin de ma mémoire.  Et je leur dis  MERCI;  Je t'embrasse

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